13 octobre 2008

En eau douce
Anita RUTILI
Hallebardes dressées en vain,
L’eau et l’éther étripent
Gutenberg
Roland RUTILI
Mûries sous la chaleur, les pages-fesses
S'arrondissent sous la caresse du soleil.
Se dorent, se font velours, s'admirent
Dans leur dernier appareil.
Caractères et peau disparaissent
Aux regards insistants
Jouent à se cacher en ce jour finissant.
Amours de vacances
Ou éternels ?
Michel MELLET
Tels des papillons pris au filet,
Les textes se prennent
Dans les rets de nos consciences,
Se débattent si peu,
Avant de se laisser cueillir, apprivoiser.
Prisonniers à vie de nos mémoires,
Ils demeurent, immuables,
A peine tremblotants
Sous le vent de nos souvenirs.
Michel MELLET

Le
liiiiiivre !!! Le Liiiiiivre !!! Je l’ai, je l’ai, je l’ai !!! Le livre, dans
mon filet, sur le pont du bateau !!! Du fond de l’océan, mille fois j’ai
remonté des écrans, des téléphones, de vieux transistors ! Depuis des années,
je rêvais de ce Petit Livre Rouge !!!
Autrefois,
disait mon arrière-grand-père, chaque famille en possédait plusieurs. Un jour,
le Pouvoir les décréta inutiles (subversifs !, dirent certains) et organisa
leur extermination. Les citoyens les déchirèrent, les brûlèrent, les noyèrent,
les enfouirent. Les écrits dis - pa - rurent.
J’ai
grandi submergé par une marée d’images, de sons. Sans alphabet, sans textes.
Aujourd’hui, j’en ai pêché un !!!
Et
maintenant qui m’apprendra à lire ? »
Sylvie SIMONELLI

Prisonniers encagés, méconnus,
Echappés d'une prison
Ou d'une bibliothèque,
Les Œuvres se soustraient
A la bienséance ordonnatrice.
Franchissent avec difficulté
Les barrières de la conscience.
Avant de se perdre,
Bien sur terre,
Dans les champs de l'infini.
Michel MELLET

Une histoire se savoure.
Que l'on soit grand ou petit,
Faible ou fort,
Instruit ou non
Dans son livre,
Elle résiste toujours à la dent,
Peut agacer nos gencives,
Nourrir notre désir de mordre
Et reste là cependant.
Michel MELLET

Le vent ose la prose
enchaîne les gammes
compose l’adagio
pianissimo.
Effleure les mots tendres faute de frappe.
Touche. M. Espace. E. Blanc.
L‘Etre Noir. A/J/T.
Air marin inspiré
R, R, R !
Soupir(e)s. Tombe.
L’oyat se fige.
Sylvie SIMONELLI

Ephémères ?
Ou conçus pour l'immortalité ?
Ils s'enchâssent peu à peu,
Colonisent nos esprits,
S'incrustent dans la pierre du temps,
A peine retenus par un doigt
Soulignant un passage
Dans le pourpre
Des excentriques neuronaux
Michel MELLET

Esprit contre matière
Papier contre acier
Homme contre chars à Budapest ou Tien An Men
Qui s'en souvient
Qui l'aurait cru possible
Foulés sous l'acier ou triomphants ?
Michel MELLET
Orgueil, miniépopée trempée dans l’acier,
Échoué sur trois lettres de l’alphabet.
Roland RUTILI

Oiseau de proie aux ailes rabattues,
Invincible gardien des trésors enluminés
Arrachés au bûcher des barbares de la nuit.
Guerrier.
Regard à l’infini, face au soleil
Vol mutilé, gorge éclatée
Puissance écrasée déjà renaissante.
Enchaîné.
Entre tes serres tu tiens
Les douleurs les errances et les savoirs
De plumes laborieuses et de poètes inspirés.
Bâillonné.
Rolande SCHARF

Machine à écrire mécanique,
Bloc de métal, ruban encreur, chariot, engrenages, ressorts,
leviers
Corbeille de tiges portant les lettres de l'alphabet
Qui t'a perdu ou jeté en haut d'un escalier ?
Qui t'attend en mal de mots ? en mal d'idées ?
Moi je t'aimais
J'enroulais ma feuille blanche sur ton rouleau
Je frappais mes mots sur ton clavier
Je voyais se dérouler l'image de mon film intérieur
Petite sonnerie en fin de ligne
Retour de ligne, retour sur moi
J'entendais le bruit de mes mots, leur fureur
Des mots criés, hurlés, et je frappais, frappais
Des mots pour faire comprendre
Des mots jamais compris
Machine à écrire mécanique
Complice de mon esprit d'escalier
Martine FREQUELIN

Quand le soleil eut disparu
Toutes les roches perdirent leurs couleurs
Et la mer lentement commença à les recouvrir.
Désolés, les arbres tendaient leurs bras écorchés
vers le ciel aveugle
En priant miséricorde.
Des larmes de la création émergea un monstre soyeux
Qui emporta les survivants.
Rolande SCHARF

Ophélivre livrée à l’encre de l’oubli
Dérive au cœur des marées qui la bercent.
Les larmes ont gravé des poèmes d’amour
Sur le sable de son cœur.
Trop jeune pour voir le ciel
Elle flotte sur le souvenir
Des jours enchantés de la vie et de la mort …
Rolande SCHARF
La chambre-monde rayonne d'attente.
Brisant les ombres sémantiques,
le livre s'ouvre et ouvre le fil des mots.
Les eaux dormantes de l'abécédaire
lient le livre au lit...
Des plumes gorgées d'encre claire
impriment le relief de l'enfance.
Le livre s'ouvre et...
Sylvie SIMONELLI
Jour de venin et de vent
Et le ciel éclaboussé pleure.
Un passé sourd tambourine
Aux portes rouillées de l’oubli.
L’innominé s’égare entre les pages muettes
Hoquette
Se couche et puis s’éteint.
Rolande SCHARF

Prendre un train
Prendre le large
Quitter nos horizons
mornes
Qui nous dévorent
Aller chercher un bout
de conversation
Au bout du monde
Fuir pour enfin
s'exposer ailleurs
Partir pour être
déplacé, dépouillé, transformé
Sortir de la réalité
Garder pour seul
bagage des souvenirs : quelques lettres, un objet
Décider subitement de
jeter au vent
Cette pesante
nostalgie, ses regrets
Voir s'envoler
quelques pages
De la vie regrettée
Quitter les rails de
la vie
Espérer changer de
voie, de traversée
Pour enfin oublier,
renaître, se réinventer
Et écrire, écrire....
Martine Frequelin

Ils m’ont emmenée au bord de l’océan,
assise sur la plage humide,
J’avais froid, ai pleuré !
M’ont recouverte d’une veste
bien trop grande pour moi.
Rituel,
bavardages, auquel n’ai rien compris…
j’ai sept mois et demi !
-Il est temps, a dit l’ancien, il s’est approché de moi, m’a tendu les
bras,
et a murmuré,
- je suis si fatigué, tiens petite,
voici le livre des histoires.
Patricia SCHOLTES

L’étau de brume enserre
les pieds de l’hiver,
poudre ramures et ombellifères.
Le livre /ce livre / se livre.
Pages noircies d’or blanc
réfléchissant la tempête de lettres
dans le cristal des mots,
la blancheur ébène des lignes.
Sylvie SIMONELLI

Je lui avais promis des vacances à la mer,
Elle c’est ma poupée, yeux figés,
Cheveux emmêlés, odeur de guimauve,
Jouet livré avec son manuel qui ne le quitte jamais.
Un manuel pour apprendre à s’en servir ?
Un jour, après toute ces années, elle en avait marre
Elle l’a jeté à la marée …………………………….
Patricia SCHOLTES

Gardien des chemins caillouteux sous les orages
J’avance et je remue les poussières d’un temps
Qui me tord et me ravine.
Posées sur mon squelette vermoulu
Les corneilles enroulent autour de mes épaules
Les chants du ciel et les sanglots du vent.
Des horizons sans fonds se sont perdus
Dans mes yeux vides
Mais j’entends les mots roulés par les torrents
Et le vacarme des rayons ardents
mûrissant les blés de l’été.
En guise de bagage, avec les parchemins immortels
Je porte l’espoir en bandoulière
et la fleur à mon chapeau …
Rolande SCHARF

Je viens de terminer ces quelques lignes pour toi
J’ai ri à en pleurer…
Phrases mouillées suspendues
au fil à linge des champs,
Rouge-rouge de coquelicot,
Rouge charmant de chapeau,
Rouge de la passion,
Sentiments mouillés, suspendus au trait du passé !
Patricia SCHOLTES
Apprendre au milieu des champs…
- Au milieu d’un champ de tournesol ?
Odeur de la craie, ardoise cassée, mésanges bleutées:
- S’il vous plaît, combien font un et un ?
Et les belles grâces jaunes de répondre
- Un et un font deux
et parfois trois
ou quatre
ou autre chose…
Patricia SCHOLTES

De fil en aiguille
d’aiguille en mots
bâtit la trame à l‘envers de l’endroit,
imprime la fibre intérieure
sur la ligne extérieure.
Retouche la moire textuelle,
se pique au jeu des points contés
jamais comptés.
Noue les phrases, surfile, surligne,
coud le pli des pages.
Livre l’étoffe des vers brodés de soie
au fil de Soi.
Sylvie SIMONELLI

Impuissant devant,
Impuissant dedans,
Face à face avec la montée des
eaux,
J’abandonnais mon compagnon de
route
Et tous mes passagers lettrés
Oh d’eau, oh flot, frustré de ne jamais connaître
L’identité du et de la et peut-être …
Jean Luc KOCKLER

Le bateau partitionné vit en
papier
D’eau la symphonie benthonique
Au creux de l’étang de quiétude
Où l’or de l’orchestre lacustre se
prête
A embraser les pas sonores de
l’infinité
Jean Luc KOCKLER
Mais où sont passées les paroles de ma chanson, tu sais « au clair
de l’eau » ?
Elles ont pris le bateau et se promènent
sur l’eau !
Au clair de la lumière
Le long de la rivière,
Vogue le vocabulaire…
Patricia SCHOLTES

La page
montre son âge dans les plis de l’eau.
Les secondes d’encre s’accrochent aux rais
De la LUX surfacière
Et les mots déversent des sens imposés.
Dans ce sirop de grenouille symphonique
S’érotise l’alchimie d’une nouvelle ombre
À vivre.
Jean-Luc Kockler
Pipistrelle d’algues égarées
pour bouche gourmande.
Anita RUTILI
Dérive, captive du monde,
Capte le néant du retour
Roland RUTILI
PULS(sens)ATION
(je) glisse entre planche et caillou,
réel et dehors en-dessous,
(le) rêve dedans qui s’arrête et se tend,
dos long // roman sans point,
portée de vagues,
in(dé)portées,
(qui) file la
toile du bleu
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . .
(un) vert bleu qui s’endort
et se dore à l’envers
du vers, soleil pluie,
(un) plafond de verre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
(je) glisse, aux suspensions, un point au cœur,
ma cote blanche découpe,
retouche, dépeint, (dé)structure
l’eau dans son vice
un tissu, de lumière et d’ombre,
un dé au doigt
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
maximeDross

Je m’appelle LIVREJAUNE. Il y a 10 ans, j’en avais 14.
On m’a
Arrêté,
Jugé,
Vendu,
Acheté,
Puis enfermé. J’ai une voix de papier jaune
Un papier roque
J’ai un lourd passé,
Rempli d’immondices que je ne nommerai pas ici…
Mon dos se courbe sous le poids du fardeau.
Je vous avouerai une chose : j’écris en secret.
Si l’on me découvre, je suis bon pour le bûché !
Discrétion je vous prie…
Souillé, emprunté, plié, déplié, replié, écorné
Je n’en puis plus de toute cette charge.
Reprenez ma vie, ma solitude ou jetez moi aux archives.
Cette prison…laissez moi sortir !!
Quitter cet enfer ! Pourquoi personne ne m’entend ?
Aucun être ne daigne m’ouvrir.
Ne serait-ce que pour me regarder ?
Ou es-tu mon sauveur, ma libération ?
Quelle situation ! Quel futur ? Tu arriveras ?
Par ou ?
Vous le savez ? Vous pouvez me répondre ?
Coucou… ? Il y a quelqu’un ? COUCOU !!!
Je peux vous le dire à vous qui m’avez lu
Je suis la voix, la voie du savoir..
Séverine LeBurel
